Acide lactique et lactate, ces incompris

Acide lactique et lactate, ces incompris

 Le lactate sanguin produit lors d’un effort physique est traditionnellement considéré comme un des principaux facteurs de la fatigue musculaire. Les chercheurs François Péronnet (Université de Montréal) et Guy Thibault (Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) pensent que ce n’est pas le cas :

« Il n’existe pas une fatigue musculaire, mais plutôt des fatigues musculaires. En effet, bien que la manifestation objective de ces fatigues soit la même, c’est-à-dire l’impossibilité de poursuivre l’effort, la fatigue du sprinter n‘est pas celle du marathonien, celle-ci n’est pas celle du kayakiste ou de l’alpiniste, etc. Il est naïf de penser que les diverses formes de fatigue musculaire ont toutes l’acide lactique comme seule et unique cause. »

« Entre les neurones du cerveau, d’ou émane la commande motrice, et les myofilaments des muscles qui exécutent le travail musculaire, la chaîne de transmission de l’information qui permet le développement de la force comprend de nombreux maillons. Chacun d’eux peut faillir à sa tâche et empêcher la poursuite de la contraction musculaire et de l’exercice. Cela fait une longue liste de suspects possibles dans le développement de tel ou tel type de fatigue, parmi lesquels il y a peut-être, dans certains cas, la présence d’acide lactique. Mais ce n’est certainement ni le principal, ni l’unique coupable. On trouve plusieurs arguments expérimentaux qui tendent à montrer que l’acide lactique n’a finalement pas grand-chose à voir avec la fatigue musculaire. Il en ressort que la perturbation de l’équilibre acido-basique du muscle squelettique n’est pas un facteur aussi crucial de la fatigue qu’on le suggère souvent.

201405 Acide lactique

L’argument le plus convaincant, c’est qu’il peut y avoir fatigue musculaire alors que la concentration d’acide lactique du muscle n’est pas élevée alors qu’inversement, on peut observer une absence de fatigue musculaire alors que la concentration d’acide lactique du muscle est élevée. »

Par ailleurs, les patients porteurs de la maladie de McArdle, qui sont incapables de produire, et donc d’accumuler, de l’acide lactique, sont très susceptibles de souffrir de fatigue musculaire. Il peut donc y avoir fatigue musculaire avec très peu, voir même sans acide lactique.

Yvan Campbell, B.Éd., M.Sc., kinésiologue

Thibault, G. Péronnet, F. (2005) Acide lactique et lactate, ces incompris, Sport et vie, en presse.

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